Le dernier print CPI est sorti pour mai 2026. Le titre officiel indique une hausse de 0,5 % sur un mois et 4,2 % sur douze mois. Sur les réseaux, on retient soit “l’inflation reste élevée”, soit “le core recule sous 3 %”, selon le camp politique de qui commente. Les deux lectures passent à côté du vrai signal.

Un desk qui suit l’inflation ne regarde pas le CPI headline. Il regarde les sous-composantes. Et parmi elles, trois seulement décident vraiment si la Fed peut relâcher ou pas. Détail rapide.

Ce que dit le CPI headline (et pourquoi ce n’est pas ce qu’il faut lire)

Rappel de terminologie. Le CPI headline, publié par le Bureau of Labor Statistics, mesure la variation d’un panier de biens et services acheté par le consommateur urbain moyen. Il englobe l’alimentation, l’énergie, le logement, les transports, les services médicaux, l’habillement, les services divers.

Pour mai 2026, le headline affiche +0,5 % sur le mois et +4,2 % sur un an. L’énergie a contribué à plus de 60 % de la hausse mensuelle (+3,9 % sur le mois). Or, l’énergie est volatile par nature. Un mois de +3,9 %, un mois de +0,2 %, ça brouille le signal.

C’est exactement pour ça que le CPI core existe. Le core exclut alimentation et énergie. Pour mai 2026, il ressort à +0,2 % sur le mois et +2,9 % sur un an. Ça semble une bonne nouvelle vue de loin. En pratique, la Fed s’y intéresse peu directement. Elle regarde une couche encore plus fine.

Le super core, la vraie ligne rouge de la Fed

Le “super core” est le sous-indice des services hors logement. Il est publié par la Fed dans plusieurs de ses communications et par l’analyse propre du Bureau of Economic Analysis. Il capture ce qui bouge vraiment avec la dynamique des salaires et de la demande domestique.

Ce super core est intéressant pour trois raisons.

Il est peu affecté par les chocs d’offre. Contrairement aux biens, dont le prix dépend de la Chine, du Golfe ou du dollar, les services domestiques sont produits localement.

Il est sticky. Une hausse dans les services (salon de coiffure, restaurant, réparation auto, assurance) tend à durer parce que les salaires ne baissent pas facilement.

Il est structurellement corrélé à la trajectoire des salaires. Un super core au-dessus de 3 % en glissement annuel indique en pratique que la Fed n’a pas gagné la bataille de l’inflation, quel que soit le message rassurant du headline.

Pour mai 2026, les composantes services montrent un pattern préoccupant. Transportation services à +4,1 % en YoY. Medical care services à +3,6 %. Shelter à +3,4 %. Apparel, hors services mais indicatif, à +4,8 %. Tout ce qui n’est pas biens durables reste tendu.

Les 3 sous-indices qu’un desk suit vraiment

Au-delà du super core global, trois sous-composantes font l’objet d’un focus particulier.

Shelter. Le shelter (logement, incluant loyers et Owners’ Equivalent Rent) représente environ un tiers du CPI. C’est le poste le plus lourd, et il évolue avec un lag de six à douze mois par rapport au marché immobilier réel. Autrement dit, le shelter continue de pousser l’inflation vers le haut alors même que les loyers de marché ont commencé à ralentir. Pour lire ce signal, on regarde le Zillow Rent Index et Apartment List, qui donnent une avance de six à neuf mois sur ce que le BLS publiera.

Medical care services. Elle est très mécanique, indexée sur les négociations d’assurance santé annuelle (janvier surtout) et sur les revenus des professionnels de santé. Une accélération ici indique une pression salariale sectorielle. Mai 2026 à +3,6 %, c’est haut historiquement.

Transportation services. Cette catégorie inclut les vols, les tarifs de location de voitures, les réparations, l’assurance auto. L’assurance auto est explosive depuis 2024, principalement pour deux raisons : coût des pièces détachées et fréquence des sinistres. À +4,1 % en YoY, c’est un signal que la Fed regarde car il montre une transmission des chocs d’offre passés dans les services de renouvellement de contrat.

Ce que ces trois indices disent au 3 juillet 2026

Les trois sont au-dessus de la target implicite de la Fed. Shelter à +3,4 % attribue directement 1,1 point de pourcentage au CPI core. Le medical care et le transportation services ajoutent chacun de 0,3 à 0,5 point selon leur pondération.

Ce qui veut dire, en pratique, que même si l’énergie se stabilise et que le CPI headline retombe vers 3 %, le core resterait bloqué autour de 2,7-3 % tant que ces trois sous-indices ne relâchent pas. Et ils ne relâchent pas.

C’est la raison pour laquelle le dot plot de la Fed de juin 2026 anticipe désormais au moins une hausse d’ici décembre (médian passé de 3,4 % à 3,8 %), avec des projections d’inflation core relevées à 3,3 % pour fin d’année. Le comité regarde les sous-composantes, pas le headline.

Ce qu’il faut regarder d’ici la fin d’année

Trois points de vigilance.

Le prochain print CPI (données juin 2026), publié le 14 juillet 2026 à 8h30. On regardera principalement si le shelter continue de reculer (attendu autour de +3,2 % en YoY selon les leading indicators immobiliers). Un shelter à +3,4 % ou plus déclencherait un ajustement rapide côté marchés des taux.

Le rythme de l’assurance auto. Si elle passe à +5 % ou plus en YoY, la Fed devra maintenir un langage hawkish même en présence d’une désinflation apparente.

Le Personal Consumption Expenditures Core Services (super core PCE), publié fin juillet pour les données juin. C’est la version préférée de la Fed pour ses projections. Elle est un peu différente du CPI super core (méthodologie de pondération). Si le PCE core services accélère au-dessus de 4 % en 3-month annualized, on entre dans un scénario de pause hawkish prolongée.

Dernier mot. Se contenter du CPI headline pour parler d’inflation, c’est comme regarder la température moyenne d’une pièce sans savoir qu’un radiateur est à 80 degrés. Le vrai signal est dans les composantes. Le super core en particulier. Et pour mai 2026, ce signal n’est pas rassurant.

Sur le même sujet

Données au 3 juillet 2026. Sources : Bureau of Labor Statistics (CPI news release, mai 2026, publié le 11 juin 2026), Federal Reserve Board (Summary of Economic Projections, juin 2026), Bureau of Economic Analysis.