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Synthèse des marchés du 28 juillet 2026 : krach des semi-conducteurs, la DUV chinoise fissure le moat, Kospi en circuit breaker et flight-to-quality généralisé

La séance bascule dans une correction technique violente, pilotée par l'effondrement des semi-conducteurs et de l'IA, tandis que les actifs refuges captent un flight-to-quality massif. L'annonce d'une production en série de lithographie DUV à immersion par une entreprise d'État chinoise menace la douve concurrentielle des fabricants occidentaux et coréens, pendant que le crédit tire la sonnette d'alarme avec les CDS de Nvidia et un financement circulaire Nvidia-OpenAI-SoftBank.

Publié le 28 juillet 2026 · L'équipe Derivatives Trading

La séance du 28 juillet 2026 est marquée par une correction technique violente, pilotée par un effondrement du secteur des semi-conducteurs et de l’intelligence artificielle, tandis que les actifs refuges, obligations souveraines et dollar, bénéficient d’un mouvement de flight-to-quality. Cette synthèse prolonge le brief du 27 juillet, qui documentait la trêve américano-iranienne, le décrochage du Brent sous 92 dollars et une semaine chargée en banques centrales et en résultats de la tech.

1. Contexte général et dynamique de marché

L’indice MSCI Asia Pacific est entré en zone de correction technique, avec un recul de 3,6 pour cent, et le Kospi sud-coréen a chuté de plus de 10 pour cent, déclenchant un circuit breaker, le huitième de l’année. Les contrats à terme sur le Nasdaq 100 ont cédé 1,1 pour cent, s’acheminant vers une cinquième journée consécutive de baisse, la plus longue séquence négative depuis janvier.

2. Le choc sectoriel : déroute des semi-conducteurs et de l’IA

2.1 Perturbation technologique chinoise (lithographie DUV)

L’élément déclencheur majeur est l’annonce d’une production en série de machines DUV (Deep Ultraviolet) à immersion par une entreprise d’État chinoise, une technologie que les restrictions américaines visaient à verrouiller. Cette avancée menace directement la douve concurrentielle (moat) des fabricants occidentaux et coréens. En réaction, ASML a chuté de 5 pour cent, entraînant Nvidia dans sa baisse. Les fabricants de mémoires ont été sévèrement pénalisés : Sandisk a plongé de 11 pour cent, Micron de plus de 2 pour cent, et Kioxia (Japon) est placé sous surveillance. Les contrats à terme sur le Kospi et l’ETF à effet de levier KORU ont effacé six mois de gains en une seule séance.

2.2 Effondrement des géants coréens et des ETF à effet de levier

SK Hynix et Samsung Electronics ont chuté de plus de 12 pour cent chacun, anéantissant environ 570 milliards de dollars de capitalisation en un peu plus d’un mois. Le produit CSOP SK Hynix Daily 2x Leveraged, autrefois le plus grand ETF à effet de levier sur une action unique au monde, avec un pic à 17 milliards de dollars, a subi une décote de près de 80 pour cent depuis son sommet de fin juin. Les sorties nettes sont persistantes depuis la mi-juillet, traduisant un désendettement massif des investisseurs particuliers (retail deleveraging).

2.3 Absence du réflexe buy-the-dip

Les investisseurs particuliers, qui soutenaient traditionnellement les replis, ont déserté. Les ADR (American Depositary Receipts) de SK Hynix et TSMC affichent désormais des primes inférieures à 20 et 10 pour cent respectivement, signalant une défiance extrême. Les fonds étrangers restent vendeurs nets, et le marché est privé de son plancher habituel.

3. Inquiétudes fondamentales sur le modèle économique de l’IA

3.1 Indice de dépenses en tokens et concurrence chinoise

L’indice LLM Token Expenditure Index (Silicon Data) poursuit sa trajectoire baissière, révélant que les entreprises deviennent plus sensibles aux coûts dans l’utilisation des grands modèles de langage. Le succès des modèles chinois moins chers menace la soutenabilité des dépenses d’investissement (capex) colossales des hyperscalers, Microsoft, Meta et Alphabet. Si la demande marginale continue de migrer vers ces alternatives, la justification de la bulle des capex pour l’entraînement des modèles frontier s’effondre.

3.2 Financements circulaires et tensions sur le crédit

Le marché du crédit tire la sonnette d’alarme. Les CDS (Credit Default Swaps) de Nvidia ont rejoint ceux des hyperscalers en forte hausse. Une structure jugée opaque est pointée du doigt : Nvidia garantit des obligations d’OpenAI, tandis que SoftBank finance des centres de données loués à OpenAI, créant un financement circulaire (circular financing) qui interroge sur la réalité des flux de trésorerie signés (signed cashflow commitments) par opposition à une simple modélisation de la demande du côté des vendeurs (sell-side demand modelling). Cette interrogation survient alors que le marché tolérait jusqu’ici un haut degré d’ingénierie financière : stratégies fiscales agressives, options zero-day, reconnaissance créative des revenus.

4. Réaction des classes d’actifs : refuges et volatilité

4.1 Obligations souveraines (Treasuries, JGB, Bunds)

Les obligations d’État surperforment nettement. Les rendements des Treasuries à 10 ans ont reculé de 2 points de base, à 4,63 pour cent, s’acheminant vers leur première série de trois baisses consécutives depuis fin juin. Cette dynamique reflète un double mouvement : recherche de sécurité pour les capitaux sortant des valeurs technologiques, et reconnaissance que les banques centrales resteront hawkish malgré le repli du pétrole. Les crack spreads (marges de raffinage) restent élevés, signalant des tensions inflationnistes persistantes liées aux prix des carburants. Les JGB japonais affichent également de légers replis de rendement, tandis que les obligations australiennes ont chuté lundi avant de remonter modestement, les traders restant nerveux avant le discours de la gouverneure de la RBA, Michele Bullock.

4.2 Pétrole : repli géopolitique contrôlé

Le Brent (contrats septembre) a baissé sous les 85 dollars le baril, prolongeant la chute de 8,7 pour cent de lundi. L’accalmie est liée à la suspension des frappes entre les États-Unis et l’Iran, avec des négociations diplomatiques en cours et un possible accord pour rétablir le trafic dans le détroit d’Ormuz. Toutefois, cette baisse est éclipsée par la panique sur les valeurs technologiques.

4.3 Or et cryptomonnaies

L’or, malgré une résilience récente, est menacé. Les swaps OIS (Overnight Index Swaps) suggèrent une probabilité de hausse de taux de 38 à 40 pour cent, ce qui renforcerait le dollar et pèserait sur le métal précieux. Les ETF adossés à l’or risquent de subir des sorties nettes, bien que les banques centrales restent acheteuses. Le Bitcoin a reculé autour de 63 300 dollars, et les métaux précieux ont également cédé du terrain.

4.4 Marché des changes (G10)

Le Bloomberg Dollar Spot Index a gagné 0,1 pour cent, soutenu par les anticipations de resserrement monétaire. Les paires de devises évoluent modestement :

  • USD/JPY : inchangé à 163,78, avec une sortie haussière d’un triangle ascendant en analyse technique.
  • AUD/USD : en baisse de 0,4 pour cent à 0,6964, la RBA évoquant un refroidissement économique mais restant incertaine sur la suffisance des hausses de taux.
  • EUR/USD : en repli de 0,1 pour cent à 1,1362.
  • GBP/USD : stable à 1,3288.

5. Saison des résultats d’entreprises : contrastes marqués

5.1 Performances européennes en demi-teinte

  • LVMH : déçoit avec une croissance organique de 3 pour cent (estimation +2,32 pour cent), mais sa division Mode et Maroquinerie ne progresse que de 1 pour cent (estimation +1,52 pour cent), pénalisée par un marché du luxe fragilisé par le secondaire (plateformes comme Vinted).
  • Philips : relève ses perspectives de rentabilité 2026, grâce à un remboursement des droits de douane américains.
  • Safran : relève ses prévisions de résultat opérationnel à 6,4 à 6,5 milliards d’euros, porté par une demande soutenue pour les pièces de moteurs civils.
  • Mercedes-Benz : abaisse ses prévisions, pénalisé par la faiblesse de la demande en Chine (effondrement immobilier, confiance des consommateurs en berne).
  • Michelin : confirme ses objectifs annuels, estimant les pénuries de matières premières gérables.

5.2 Attentes sur les géants de la tech (Megacap)

Les résultats de SK Hynix, Meta, Microsoft, et plus tard Apple et Amazon, sont très attendus. Les analystes estiment que la barre est placée extrêmement haut : une simple publication conforme aux attentes ne suffira plus à rassurer les marchés, surtout si les niveaux de capex pour l’IA continuent de susciter des interrogations.

6. Politique monétaire : la Fed au centre des regards

6.1 Probabilité de hausse des taux

Les contrats à terme sur les taux d’intérêt (OIS) intègrent désormais une probabilité de 38 à 40 pour cent d’un relèvement de 25 points de base (quarter-point hike) lors de la réunion de la Fed des 28 et 29 juillet. Cette probabilité a plus que doublé en une semaine. Le président de la Fed, Kevin Warsh, a décidé de tenir une conférence de presse, ce qui, combiné aux tensions géopolitiques, rend le scénario beaucoup plus serré qu’anticipé.

6.2 Scénarios et implications

  • Scénario d’une hausse : renforcerait la crédibilité de Warsh dans sa lutte contre l’inflation et mettrait fin à l’ère des forward guidance.
  • Scénario d’un statu quo avec discours hawkish : pourrait être accompagné de votes dissidents en faveur d’un resserrement, et viserait à maintenir la vigilance tout en ménageant les marchés.

Les analystes de Citadel Securities estiment qu’une hausse surprise cette semaine mettrait fin de manière emphatique à l’ère des orientations prospectives.

7. Indicateurs macroéconomiques et actualités géopolitiques

  • Royaume-Uni : l’inflation alimentaire a chuté pour le sixième mois consécutif à 2,2 pour cent en juillet (données BRC), une bonne nouvelle pour la BoE.
  • Incendies en Europe : la France et l’Espagne étudient des plans de soutien aux régions sinistrées, alors que la saison des feux a connu un départ record.
  • Italie : baisse temporaire de la taxe sur le diesel jusqu’au 6 août pour amortir le choc des prix de l’énergie.
  • Énergie : les négociateurs iraniens et omanais tentent un accord pour rétablir le transit maritime dans le détroit d’Ormuz.

8. Perspectives stratégiques et sentiment de marché

8.1 Signaux de capitulation et retournement de tendance

Le stratège de HSBC, Max Kettner, estime que le récent repli a effacé le signal de vente technique (sell signal) et qu’il existe de bonnes raisons pour la solidité des actifs risqués : démarrage solide de la saison des résultats, révision à la hausse des prévisions de PIB américain, valorisations plus attractives. Toutefois, les stratèges de Citi notent que si l’Europe a connu une amélioration du positionnement, avec des risques de short squeeze sur le FTSE 100, le DAX reste à la traîne.

8.2 Changement de régime d’investissement

La conjonction de trois facteurs, choc technologique chinois, remise en cause des capex de l’IA et incertitude monétaire, suggère un changement de régime pour les valeurs de croissance. La disparition du réflexe buy-the-dip, le désendettement des ETF à effet de levier et les sorties nettes des fonds étrangers indiquent que la correction pourrait se poursuivre, surtout si l’indice des dépenses en tokens continue de baisser.

En résumé

La séance du 28 juillet 2026 incarne une confluence de risques où la perturbation technologique venue de Chine, les doutes sur la rentabilité des investissements dans l’IA, amplifiés par les mécanismes de financement circulaire, et l’incertitude sur la trajectoire des taux de la Fed, avec une probabilité croissante de hausse, ont précipité une correction technique sur les marchés actions, tout en renforçant les obligations d’État et le dollar comme seuls refuges. La semaine s’annonce décisive avec les résultats des géants de la tech et les décisions des banques centrales (Fed, BoJ, BoE), qui détermineront si ce mouvement marque un simple réajustement ou le début d’un dégonflement durable de la bulle de l’IA.

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