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Synthèse des marchés du 13 juillet 2026 : l'escalade dans le Golfe rallume le trade de guerre, le pétrole flambe et les taux s'envolent sur fond d'inflation

De nouvelles frappes américaines contre l'Iran et des représailles iraniennes brisent la trêve de juin, propulsant le Brent vers 80 dollars, faisant bondir les rendements américains et le dollar refuge, pendant que l'Asie technologique dévisse et que l'or recule sous la poussée des taux réels.

Publié le 13 juillet 2026 · L'équipe Derivatives Trading

La séance du lundi 13 juillet 2026 s’ouvre sur un choc géopolitique qui redistribue tout. Une escalade militaire directe entre les États-Unis et l’Iran a balayé le fragile optimisme de la trêve de juin et rallumé le trade de guerre sur l’ensemble des classes d’actifs. Le pétrole flambe, les rendements obligataires s’envolent sous l’effet des craintes d’inflation, le dollar retrouve son statut de refuge absolu, et l’Asie technologique subit une déroute sévère. En toile de fond, un basculement structurel des flux de capitaux se dessine au Japon.

1. Le déclencheur géopolitique : l’escalade dans le Golfe

Le récit qui domine les marchés ce lundi est l’intensification du conflit entre les États-Unis et l’Iran. Au cours du week end, les États-Unis ont lancé de nouvelles frappes de missiles visant les infrastructures iraniennes, avec l’objectif de dégrader la capacité de Téhéran à s’en prendre au trafic maritime international. En représailles, l’Iran a lancé des frappes contre des alliés américains. La situation est encore brouillée par des déclarations officielles contradictoires. Téhéran affirme que le détroit d’Ormuz est fermé, tandis que le Commandement central américain soutient que le trafic se poursuit par la route sud. Cette confusion a réduit à néant l’optimisme d’un cessez le feu, l’ancien président Trump déclarant explicitement que la trêve est terminée et rejetant l’idée de nouvelles négociations.

2. Énergie : le retour du trade de guerre

La première victime de cette escalade est le prix de l’énergie. Les contrats à terme sur le Brent ont bondi d’environ 4 à 5 pour cent, s’approchant du seuil des 80 dollars le baril. Si un flux régulier, quoique clandestin, de navires continue de transiter par le détroit, le trafic observable reste sévèrement contraint, avec environ 20 navires sur les dernières 24 heures contre une moyenne de 100 par jour avant le conflit. Les investisseurs cessent désormais de parier sur une résolution rapide et se préparent à une période prolongée d’attrition de faible intensité, susceptible de maintenir l’offre tendue et les prix élevés dans la durée.

3. Taux : envolée des rendements sur les paris d’inflation

Les emprunts d’État encaissent de plein fouet le choc inflationniste. Les rendements des Treasuries américains ont grimpé sur l’ensemble de la courbe, le 2 ans, sensible aux anticipations de taux, atteignant 4,23 pour cent, son plus haut niveau depuis février 2025. Le rendement du 10 ans est monté à 4,58 pour cent. Cette vague de ventes est portée par la conviction croissante que la Réserve fédérale sera contrainte de réagir à la hausse des coûts de l’énergie. Les marchés de swaps intègrent désormais près de 40 points de base de hausse de taux d’ici décembre, un bond considérable par rapport aux 15 points de base de début juin. L’indice des prix à la consommation américain et l’audition du président de la Fed, Kevin Warsh, devant le Congrès sont perçus comme des catalyseurs décisifs, susceptibles de sceller les paris sur une hausse dès septembre.

4. Change : domination du dollar et intervention japonaise

Le dollar a réaffirmé son rôle de refuge ultime, se renforçant face à toutes ses contreparties du G10. L’indice dollar de Bloomberg a progressé, le billet vert poussant l’USD/JPY au dessus du seuil de 162 et faisant reculer l’EUR/USD sous 1,14. La livre est restée atone sous 1,34. Dans un revirement de politique surprenant, la ministre des Finances japonaise a annoncé des mesures visant à contraindre l’énorme fonds de pension public du pays, le GPIF et ses 1 600 milliards de dollars, à allouer davantage de capitaux sur le marché domestique. Cette manœuvre vise à enrayer la hausse continue des rendements des emprunts d’État japonais, qui avaient dépassé même ceux des Bunds allemands, et à stopper la faiblesse record du yen. Les analystes y voient un possible moment charnière, capable de reconfigurer les flux de capitaux mondiaux et de renforcer une tendance plus large de démondialisation qui pourrait, à terme, peser sur les actifs américains.

5. Actions : l’Asie saigne, mais les futures mondiaux résistent

Les actions asiatiques ont subi une déroute sévère, menée par le secteur technologique. Le Kospi sud coréen a chuté de plus de 8 pour cent, déclenchant un coupe circuit qui, fait inhabituel, n’a pas marqué de plus bas intraday avant que Taiwan Semiconductor Manufacturing Company ne publie des ventes de juin exceptionnelles, aidant à réduire les pertes. Le titre SK Hynix a plongé de 13 pour cent à Séoul, les traders évoquant des prises de bénéfices après les débuts de son ADR aux États Unis. Le Nikkei a reculé d’environ 2 pour cent. Une divergence notable a toutefois émergé : les contrats à terme sur les indices mondiaux hors Nasdaq restent relativement résistants, avec des baisses généralement inférieures à 1 pour cent. Cela suggère un découplage, où les valorisations technologiques agrégées ne sont pas encore excessivement étirées, même si des poches d’exubérance spécifiques subsistent.

6. Matières premières : or, argent et la menace des engrais

Les métaux précieux subissent une forte pression. L’or est retombé vers 4 060 dollars l’once, tandis que l’argent a reculé de près de 3 pour cent. Le moteur principal est la remontée des taux réels américains, revenus à leur plus haut niveau depuis avril 2025, un niveau qui, historiquement, correspond à un or plutôt proche de 3 000 dollars que de 4 000. Au delà des matières premières traditionnelles, un risque caché émerge sur le marché des engrais. Le détroit d’Ormuz est une voie de passage vitale pour l’urée. Si les prix ne sont pas encore revenus aux sommets de 2022, grâce à la stabilité des prix du gaz naturel, les perturbations d’approvisionnement frappent les agriculteurs juste avant la saison d’application. Combinée à la menace d’un El Niño réduisant les rendements agricoles, cette situation pourrait entretenir une inflation alimentaire tenace, un casse tête politique que les banques centrales sont largement impuissantes à traiter.

7. Actualité des entreprises et politique

Sur le front des entreprises, Nippon Paint a confirmé une offre de 7,5 milliards d’euros pour acquérir l’activité de peintures décoratives d’Akzo Nobel. Sur le plan politique, le futur probable Premier ministre britannique, Andy Burnham, envisage un budget renforcé comprenant une taxe foncière et un contrôle des services publics, tandis que Marine Le Pen a creusé son avance dans les sondages de l’élection présidentielle française après une décision de justice l’autorisant à se présenter. Enfin, la fracture grandissante entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis pousse les dirigeants du Golfe à préparer des plans de contingence.

La semaine à venir

Alors que la poussière retombe sur ce lundi volatil, les investisseurs affrontent une semaine décisive. La saison des résultats américains testera la capacité des bénéfices des entreprises à justifier le rallye porté par l’IA. Simultanément, les données d’inflation américaines et l’audition du président de la Fed, Kevin Warsh, détermineront si le récit d’une inflation durablement plus haute s’installe pour de bon. Avec les interventions de banquiers centraux également au programme, dont Isabel Schnabel pour la BCE et Huw Pill pour la Banque d’Angleterre, les marchés avancent sur une corde raide, entre risque géopolitique, resserrement monétaire et résilience économique.

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